Alcool à vélo ou en trottinette : que dit la loi ?
Réponse courte : rentrer à vélo après l’apéro n’est pas une zone de non-droit. En Suisse, conduire un vélo en état d’ébriété est punissable (art. 91 LCR) et peut, dans les cas graves, avoir des conséquences jusque sur le permis de conduire automobile. En France, l’ivresse à vélo est une contravention pouvant coûter plusieurs centaines d’euros. Les trottinettes électriques et les e-bikes rapides sont soumis à des règles plus strictes encore. Et au-delà de la loi : à deux roues, c’est vous qui tombez.
Le réflexe « je rentre à vélo, c’est plus sage » : vrai et faux
Choisir le vélo plutôt que la voiture après une soirée est indéniablement moins dangereux pour les autres : un cycliste alcoolisé ne tue pratiquement jamais un tiers. C’est le bon ordre de priorité, et personne ne vous dira le contraire.
Mais « moins grave » ne veut dire ni « légal » ni « sûr ». L’alcool dégrade précisément les fonctions dont le vélo a besoin plus que la voiture : l’équilibre, la coordination fine, la vision périphérique et l’évaluation des distances. Les statistiques d’accidents des organismes de prévention montrent une forte surreprésentation de l’alcool dans les accidents graves de vélo en solo, la chute sans tiers impliqué, typiquement sur le trajet du retour.
En Suisse : l’article 91 s’applique aussi aux cyclistes
La loi sur la circulation routière ne réserve pas l’ivresse aux automobilistes. Conduire un vélo en état d’ébriété relève de l’art. 91 LCR :
- À vélo classique, il n’y a pas de seuil chiffré à 0.5 comme pour les voitures : c’est l’incapacité de conduire qui est sanctionnée, typiquement par une amende. En cas d’ébriété manifeste, la police peut interdire de poursuivre la route.
- Conséquences possibles sur le permis auto : dans les cas graves ou répétés, l’autorité administrative peut s’interroger sur l’aptitude générale à conduire et prononcer des mesures touchant le permis de conduire automobile, même si l’infraction a été commise à vélo. C’est rare, mais réel.
- E-bikes : les vélos électriques lents (assistance jusqu’à 25 km/h) suivent le régime du vélo. Les e-bikes rapides (45 km/h, plaque jaune) sont des cyclomoteurs : la limite de 0.5 pour mille s’y applique comme en voiture, avec les sanctions correspondantes, détaillées dans notre article sur le taux autorisé en Suisse.
En France : contravention à vélo, régime routier en trottinette
- À vélo, conduire sous l’empire d’un état alcoolique est une infraction au Code de la route : contravention avec amende pouvant atteindre 750 euros. Depuis la réforme de 2015, l’ivresse à vélo n’entraîne en revanche plus de retrait de points ni de suspension du permis de conduire automobile.
- En trottinette électrique (EDPM), le régime est plus strict : ces engins sont des véhicules au sens du Code de la route. Conduire une trottinette avec une alcoolémie de 0.5 g/L ou plus expose à une amende forfaitaire de 135 euros, et l’ivresse manifeste peut entraîner l’immobilisation de l’engin. Les limites générales françaises sont rappelées dans notre article sur le taux autorisé en France.
- En trottinette en libre-service, les opérateurs interdisent en outre contractuellement la conduite alcoolisée : en cas d’accident, l’assurance peut se retourner contre vous.
- En scooter ou cyclomoteur, en revanche, on repasse au régime complet de la voiture : mêmes limites, mêmes sanctions, comme nous l’expliquons dans alcool en scooter.
Le vrai sujet : la chute
Faisons le calcul qui compte. Après deux verres, la plupart des profils se situent entre 0.3 et 0.6 g/L : à ce niveau, le temps de réaction s’allonge déjà et l’équilibre se dégrade. Or un cycliste ou un trottinettiste n’a ni carrosserie, ni ceinture, ni airbag : la moindre bordure de trottoir, le moindre rail de tram devient un piège.
Les traumatismes crâniens sont la blessure grave numéro un des accidents de vélo alcoolisés, et le port du casque diminue justement à mesure que la soirée avance. Si vous ne devez retenir qu’une règle : plus votre taux est élevé, plus votre véhicule de retour doit être… un véhicule conduit par quelqu’un d’autre. Transports publics, taxi, ou marche (qui a aussi ses risques, mais à 5 km/h).
En pratique : le plan de retour à deux roues
- Comptez comme si vous conduisiez. Le calcul d’alcoolémie est le même à vélo qu’en voiture : mêmes verres, même courbe, même heure de sobriété.
- Sous ~0.5 et sur un trajet connu : le vélo reste raisonnable pour la plupart des gens, casque sur la tête et lumières allumées.
- Au-delà, ou en trottinette : poussez l’engin ou laissez-le. Une trottinette se récupère le lendemain, un traumatisme crânien non.
- E-bike rapide : traitez-le exactement comme une voiture, la loi le fait déjà.
FAQ
Peut-on recevoir une amende à vélo pour alcool ?
Oui. En Suisse, l’art. 91 LCR sanctionne la conduite d’un vélo en état d’ébriété par une amende. En France, c’est une contravention pouvant atteindre 750 euros. Dans les deux pays, la police peut vous interdire de continuer à rouler.
L’alcool à vélo peut-il toucher mon permis voiture ?
En France, non : plus de retrait de points ni de suspension pour une infraction à vélo depuis 2015. En Suisse, dans les cas graves ou répétés, l’autorité peut prendre des mesures sur le permis automobile si l’épisode met en doute l’aptitude générale à conduire.
Quelle est la limite d’alcool en trottinette électrique ?
En France, la même que pour la voiture : 0.5 g/L (amende forfaitaire de 135 euros au-delà). En Suisse, les trottinettes électriques autorisées suivent un régime proche de celui du vélo, mais l’ébriété reste sanctionnable et dangereuse.
Un vélo électrique compte-t-il comme un vélo ?
Ça dépend de sa vitesse. Assistance jusqu’à 25 km/h : régime du vélo. E-bike rapide jusqu’à 45 km/h (plaque jaune en Suisse) : régime du cyclomoteur, avec la limite de 0.5 pour mille et les sanctions routières classiques.
À lire aussi
- Taux d’alcool autorisé en Suisse : limites et sanctions
- Taux d’alcool autorisé en France : ce que dit la loi
- Alcoolémie après 2 verres : où en êtes-vous ?
Sources
- Loi fédérale sur la circulation routière (LCR), art. 91
- Code de la route français, conduite sous l’empire d’un état alcoolique
- BPA, Bureau de prévention des accidents (bfu.ch)