Calcul alcoolémie : la formule de Widmark expliquée pas à pas
Réponse courte : l’alcoolémie théorique se calcule avec la formule de Widmark : alcool ingéré (en grammes) divisé par le poids (en kg) multiplié par un coefficient de diffusion, 0.7 pour un homme et 0.6 pour une femme. Exemple : 3 verres standard (30 g) pour un homme de 80 kg donnent 30 / (80 × 0.7) = 0.54 g/L au pic. Retirez ensuite 0.10 à 0.15 g/L par heure écoulée. Le résultat est une estimation : utile pour anticiper, jamais pour flirter avec la limite.
La formule pas à pas, avec un exemple chiffré
Le calcul se fait en trois étapes.
Étape 1 : convertir vos verres en grammes d’alcool. La formule : volume (en cl) × degré × 0.08. Une bière de 25 cl à 5% contient 25 × 5 × 0.08 = 10 g. Un verre de vin de 12 cl à 12.5% ou 4 cl de whisky à 40% donnent le même résultat : c’est la définition du verre standard à 10 g.
Étape 2 : appliquer Widmark. Alcoolémie au pic (g/L) = grammes d’alcool / (poids en kg × coefficient r). Le coefficient r vaut 0.7 pour un homme, 0.6 pour une femme.
Étape 3 : soustraire l’élimination. Le foie retire 0.10 à 0.15 g/L par heure, à débit constant, dès la première heure.
Exemple complet : une femme de 60 kg termine deux verres de vin à 21h. Pic théorique : 20 / (60 × 0.6) = 0.56 g/L, atteint entre 21h30 et 22h. À minuit, environ deux heures après le pic, il reste 0.56 moins (2 × 0.12), soit à peu près 0.32 g/L. Vous trouverez des tableaux tout faits par sexe et par poids dans notre article alcoolémie après 2 verres.
Pourquoi 0.7 pour les hommes et 0.6 pour les femmes
Le coefficient r représente la part du corps dans laquelle l’alcool se dilue : essentiellement l’eau. L’alcool ne se répartit ni dans la graisse ni dans les os. Or, à poids égal, un corps féminin contient en moyenne proportionnellement moins d’eau qu’un corps masculin. Le même verre se dilue donc dans un volume plus petit et produit un taux plus élevé. Ce n’est ni une question de tolérance ni d’habitude : c’est de la physiologie.
Ces coefficients restent des moyennes de population. Une personne très musclée (plus d’eau) sera légèrement en dessous de l’estimation, une personne avec davantage de masse grasse légèrement au-dessus.
Les limites de la formule de Widmark
Widmark a conçu sa formule dans les années 1930, et elle tient toujours la route comme ordre de grandeur. Mais elle simplifie la réalité sur plusieurs points :
- Elle suppose l’absorption instantanée. En réalité, le pic survient 30 minutes après le dernier verre à jeun, jusqu’à 60 minutes pendant un repas.
- Elle ignore le repas. Manger écrête le pic (sans réduire la quantité totale à éliminer).
- Ses coefficients sont forfaitaires. Âge, taille et composition corporelle font varier le résultat réel autour de l’estimation.
- Elle donne un instantané, pas une courbe. Pour une soirée de plusieurs verres étalés, il faut combiner absorption et élimination verre par verre, ce qui devient vite ingérable de tête.
Conclusion pratique : la formule est fiable pour anticiper avec une marge de sécurité, pas pour prouver que vous êtes à 0.49 g/L.
Watson : la version plus précise
En 1980, Watson et ses collègues ont proposé d’estimer l’eau corporelle totale de chaque individu à partir de l’âge, de la taille et du poids, plutôt que d’utiliser un coefficient forfaitaire. Le coefficient de diffusion devient alors personnel : deux hommes de 80 kg, l’un de 25 ans mesurant 1m90, l’autre de 60 ans mesurant 1m70, n’obtiennent plus le même résultat.
C’est l’approche la plus proche de la réalité individuelle sans prise de sang. Le calculateur Consomaction utilise Widmark par défaut et bascule automatiquement sur Watson dès que votre profil contient votre date de naissance et votre taille.
Du g/L à l’éthylotest : attention aux unités
La formule donne un résultat en grammes par litre de sang. Or l’éthylotest mesure l’air expiré, en mg/L : 0.5 g/L de sang correspond à 0.25 mg/L d’haleine. La Suisse parle en “pour mille”, la France en g/L, le Canada en mg/100 mL. Avant de comparer votre calcul à une limite légale, vérifiez l’unité : notre guide g/L, pour mille, mg/L contient le tableau de conversion complet.
Dernier point de vocabulaire : l’alcoolémie est un instantané, à ne pas confondre avec les repères de consommation hebdomadaires (10 verres par semaine maximum selon Santé publique France), qui mesurent tout autre chose. Nous les décryptons dans les repères officiels.
FAQ
Comment calculer son alcoolémie de tête ?
Convertissez vos verres en grammes (un verre standard = 10 g), divisez par votre poids multiplié par 0.7 (homme) ou 0.6 (femme), puis retirez 0.10 à 0.15 g/L par heure écoulée. Gardez une marge : le calcul de tête oublie facilement un verre généreux ou un degré élevé.
La formule de Widmark est-elle fiable ?
Elle donne un bon ordre de grandeur, validé par des décennies d’usage, mais le résultat individuel peut s’écarter de l’estimation selon la corpulence, le repas et le rythme de consommation. Seul un éthylotest ou une prise de sang mesure votre taux réel.
Quelle est la différence entre Widmark et Watson ?
Widmark applique un coefficient forfaitaire (0.7 ou 0.6) identique pour tous. Watson calcule l’eau corporelle réelle de la personne à partir de l’âge, de la taille et du poids, ce qui personnalise le coefficient et affine l’estimation.
Combien de grammes d’alcool dans un verre standard ?
Un verre standard contient environ 10 g d’alcool pur, qu’il s’agisse de 25 cl de bière à 5%, 12 cl de vin à 12.5% ou 4 cl de spiritueux à 40%. Attention : les verres servis à la maison dépassent souvent ce format.
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- 10 verres par semaine : les repères officiels décryptés
Sources
- Widmark E.M.P. (1932), travaux fondateurs sur la cinétique de l’alcool
- Watson P.E. et al. (1980), estimation de l’eau corporelle totale
- Addiction Suisse, dossiers “L’alcool dans le corps”